Un site, un blog?

Bonjour, bonjour,

ça y est, il aura fallu du temps mais le site est bien là.
Un petit album photo pour vous donner un aperçu, à l'image du site monté à Sydney, de mes conditions, évidemment bien peu enviables, de vie à Pékin, de ce que j'y fais, de ceux que je cotoie, d'où je mange, je bois, je dors, bref, un peu de moi, tout simplement.
Et pour que tout cela soit complet, un encart pour placer mes envois (plus trop réguliers), avec, là aussi, quelques photos.
Allez, à toutes...

PS: Blog oblige, n'hésitez pas laisser votre trace...

Tap tip tap tip (mes mails communs)

Jeudi 22 septembre 2005
7 avril 2005
La vie au pays du milieu n°44: l’arrivée en douceur



Voilà, voilà, les nouvelles arrivent.

Mais avant tout récit, avant toute reprise de mon désormais célèbre - et oui, j’ose - envoi commun initié en 1999 Australie, quelques informations pratiques car beaucoup semblent avoir du mal avec le décalage horaire et la distance, et d’autres désirent savoir comment me joindre. Il y a donc actuellement 6 heures de différence entre l’Europe continentale et Pékin. Lorsqu’il est donc midi chez vous, il est déjà 18h chez moi. Donc il sera difficile de me joindre après 17h pour vous. Je compte d’ailleurs couper portable et fixe une fois couché, comme en Corée. Vous pourrez donc tenter, vous ne risquerez pas de me déranger...

Je n’ai pour le moment, vous le verrez plus bas, ni adresse et donc ni téléphone fixe. Cela ne devrait pas tarder mais le meilleur moyen de me joindre est indéniablement MSN Messenger (pour me trouver, taper mon adresse email) ou Skype (www.skype.com), un petit programme fort utile qui permet de parler gratuitement via l’ordinateur. Les non possesseurs de Mac doivent néanmoins posséder un petit micro pour ordinateur. Mon nom d’utilisateur (pour changer): the_frenchie. Je suis souvent connecté sur l’un comme sur l’autre.
Et ceux qui désireraient déjà m’envoyer cartes et paquets peuvent le faire pour le moment à l’adresse suivante, où je loge actuellement et pour peut-être encore, partiellement, un petit moment:
Di’An Men
Dongcheng District
100009 Beijing
Chine

Les choses pratiques étant établies, venons-en à la Chine, à Pékin. Deux semaines, et oui déjà deux semaines que me voilà parti de Paris, deux semaines que mon avion a atterri à Pékin. Une arrivée difficile d’ailleurs, en raison d’un très très fort vent qui soufflait sur le nord de la Chine. Or qui dit fort vent en cette période de l’année dans la région dit grand froid. Le hasard a fait que je me suis renseigné, une fois n’est pas coutume, sur le climat avant d’arriver, afin de délester mes valises des objets peu utiles. Comme les épais pulls. J’avais beau, en bon journaliste, avoir pris mes informations de plusieurs sources, toutes m’avaient claironné: “il fait beau et chaud, on se croirait presque en été!” J’ai eu quelques aperçus de l’été pékinois en 2001 et 2002 et je n’ai pas vraiment vu le rapprochement: bourrasques polaires, bruines glaciales, un petit air de mauvaise Bretagne en fait. Je me serais limite cru à Lorient...

Pas terrible comme réception donc. Heureusement, j’en avais une meilleure à l’aéroport: un chauffeur envoyé par mon père. Comment? Non content de travailler comme dessinateur pour un livre pour enfant (tu vois Judith je parle aussi de toi), celui-ci avait repris son costume d’architecte à la demande d’un richissime chinois pour dessiner, entre autres, les jardins attenants à la réplique grandeur nature d’un château français. Construction dont il avait déjà supervisé la finalisation il y a un peu plus d’un an et demi.

A défaut de climat favorable, donc, une chaleur bien plus sympathique. Et assez étonnante. Qui s’est poursuivie dans la capitale par un dîner avec deux futurs ex-pékinois, Michaël et Aurore, dans un petit restaurant du quartier de mon logement actuel. Joyeux atterrissage.

Première journée passée sans encombre donc. Pas pour l’une des amies de mon hôte Pierre, qui logeait dans la petite maison dans la cour carrée de celui-ci (cf photos), en face de ma chambre. J’ai en effet eu la bonne idée de refermer le verrou de la grande porte d’entrée derrière moi. Soit. Mais également, sans le savoir, un petit loquet qui empêche d’ouvrir la porte de l’extérieur, même pour le possesseur de la clé. La belle Italienne est donc rentrée à 2h du matin comme une fleur. Alors que je venais de succomber aux appels de Morphée. Je n’ai donc pas entendu, décalage horaire oblige, ses coups de sonnette furibonds. Sans argent, sans passeport (et donc sans possibilité de louer une chambre d’hôtel), elle se serait retrouvée à la rue - glaciale je vous el rappelle - si l’un de ses amis voisins n’avait pas répondu à ses appels téléphoniques répétés. Autant vous dire que la rencontre du lendemain matin, lorsqu’enfin j’ai entendu la sonnette, fut un peu bizarre...

Petit incident amusant, elle ne m’en a guère tenu rigueur pendant la semaine de collocation, qui ne devait être que le premier d’une petite série. J’ai fait un peu de chinois il y a 8 ans? J’ai repris des cours il y a un an? Et j’ai travaillé le vocabulaire en octobre-novembre de manière poussée? Il ne m’en reste pourtant pas grand-chose, même si cela revient vite. En tout cas pas vraiment la prononciation. Encore aurait-il fallu que la mienne soit correcte un jour (Judith et Keyin doivent hocher la tête en lisant ces lignes). Cinq bonnes minutes passées ainsi chaque soir pour indiquer l’avenue proche de chez Pierre à mon taxi. Discussion du genre:
Moi: “- Chu Di’An Men Dong Datié” (retranscription orale, qui signifie: je vais à Di An Men Dong Dajié)
Le Taxi: “Nar?”  (où ça??)
Moi: “Di’An Men Dong Datié”
Il se gratte la tête en me regardant bizarrement.
J’essaie donc de varier les intonations: “Di’Ang Meun Dong Dadié.” Il me regarde en se marrant. Et se gratte encore la tête (moi je regarde ses pellicules qui virevoltent jusque sur son pull, pull que j’aimerais bien avoir car je me pèle). Je souris donc en me disant, c’est pas gagné!! je regarde dehors en scrutant dans le ciel l’arrivée d’un potentiel traducteur-sauveur divin. Devant l’inaction céleste, je ne perds pas espoir. Autre tentative: “Ti’Anne Meng Tong Tatié”
Là, un éclair, loin d’être divin, dans son regard: “Di’An Men Dong Datié????”.
Moi: “Dui Dui (exact, exact!!). Ben c’est ce que je disais depuis cinq minutes”.
Il est heureux, moi aussi. Mais il ne descend pas la petite boîte qui met en marche le compteur. L’inquiétude me reprend. D’autant plus vivement qu’il me regarde, sourit et se gratte de nouveau la tête. Mauvais signe ce sourire, plus que le grattage de pellicules.
Lui: “Shi nar?” (c’est où?).
Et merde, j’ai plus qu’à tenter de me souvenir d’un autre nom de rue mitoyenne. Et me revoilà parti pour deux ou trois minutes de plus.
Et repetita, tous les soirs...

Sur ce, la première semaine s’écoule, à me remettre du décalage, à dîner avec mon père le soir, lui faire visiter deux ou endroits touristiques comme la cité interdite ou le futur opéra de pékin (enfin ça c’est grâce à lui puisqu’il en a rencontré l’architecte lors d’un dîner officiel). Avec pour sommet de la semaine, dont se souviendront un bon moment les participants au repas, un restau cradoc à souhait, et encore c’était peu dire, où m’avaient emmené les trois mousquetaires pékinois que sont Michaël, Aurore et Séverine, journalistes et thésarde (ordre non respecté). Les écrevisses, un poil pimentées, le poisson flottant dans l’huile - également pimentée - y sont succulentes, l’ambiance très conviviale. Mais bon, je vous parlerai plus tard de la gastronomie locale - tofu en tout genre, légumes sautés croquants, viandes sous toutes les formes et agrémentés de dizaines d’épices, et notamment le formidable poivre du Sichuan (miam miam ces morceaux de porc perdus dans une colline de piments, ces haricots au boeuf haché, ces poissons pochés, ces fleurs de lis sautées, sans parler des abeilles grillées du Yunnan). Question alcool par contre, gros coup d’arrêt - la bière c’est décidément moins bon que le vin - en dehors de deux soirées avec - évidemment - deux correspondants français basés ici. D’ailleurs, ceux-ci sont pour le moment vraiment très très sympas, ce qui promet beaucoup...

Après une semaine à ce rythme plutôt tranquille, achevée par une tragique scène d’adieux lors de l’envol paternel, me voici entré dans une période de véritable mise en place de mon futur boulot. Rencontres, prises de contact avec les différents services économiques du coin, les entreprises françaises, les administrations, les collègues, etc. Le tout rythmé par des dîners et des apéros avec Pierre (lorsqu’il n’est pas en vadrouille), Michaël, Aurore et leurs amis. Bref, mon boulot prend forme, et cela vaut mieux: Notre Premier Ministre déboule dans une dizaine de jours avec une tripotée de ministres. Et je devrais avoir un peu de boulot.

Mais, je vous entends marmonner devant votre écran: à part ça, Pékin c’est comment? Et bien Pékin c’est bien. Mais encore? Mais encore l’ambiance y est légère - je ne comprends pas le chinois donc ni l’omniprésente propagande des médias officiels ni les inscriptions officielles étalées sur les murs -, joviale - les Pékinois sont parait-il réputés pour ce trait de leur caractère - et chaque jours passionnante. Je suis déjà venu quatre fois dans cette ville auparavant, toujours en vacances et pour une durée ne dépassant pas deux semaines, mais j’ai toujours ressenti la même atmosphère ici. Pour donner une idée, venir à Pékin depuis Séoul constituait un véritable repos tant la pesanteur et le conservatisme coréen semblait effacé d’un coup de baguette magique, tant les chinois paraissaient ouverts et blagueurs. Une fausse idée sans doute, parcellaire et superficielle évidemment, mais une impression tellement agréable. Le quotidien s’annonce donc on ne peut mieux.

Mon installation prend elle un peu plus de temps. Il me fallait, pour le début de mes recherches en tous les cas, quelqu’un parlant chinois, afin d’expliquer ce que je cherchais et pour me donner une idée des prix, des détails importants dans les appartements ici, etc. J’ai donc du attendre le retour d’Aurore et Michael du Cambodge, où ils étaient toute la première semaine de mon arrivée. Sauf que dès le lendemain de leur retour, nous avons été pris d’une frénésie d’achat de meubles chinois: eux pour les emporter avec eux à Paris dans leur futur appartement, moi pour meubler mon futur trois pièces (et oui, certaines visites sont déjà annoncées...). Sous les conseils de l’un de leurs amis, nous sommes donc partis voir un petit brocanteur dimanche dernier, où nous sommes retournés hier. S’ils ont été relativement sereins, ce ne fut pas mon cas. Je n’en dirai pas plus mais vous verrez cela prochainement, lorsque l’appartement sera dégoté et en partie aménagé. Mais bon, je me suis fait plaisir (Ok, ce n’est pas vraiment surprenant...). Et Pierre m’ayant d’ailleurs dit que cela l’arrangeait que je reste chez lui jusqu’à début mai, je vais donc pouvoir  trouver un appart sereinement, sans me précipiter et l’aménager tout en vivant à l’extérieur. La situation est là encore idéale (décidément...).

Pour parachever mon historique d’installation, je bosse mon chinois chez moi pour le moment, avant de dénicher la fac ou l’école assez flexible pour mes horaires. J’ai fait une première tentative trois jours après mon arrivée mais les profs n’enseignaient pas les caractères avant deux ou trois mois de cours. Je n’ai donc pas donné suite. J’y retournerai au pire une fois un petit niveau atteint. J’ai quoi qu’il en soit emmené mes cours de Jussieu (même s’ils remontent un peu) ainsi que ceux pris l’an dernier avec Keyin en cours particulier. Il faut juste que je m’oblige à tenir mon rythme de trois heures de travail le matin. Ce qui ne semble pas gagné!

Bon, je vous laisse, à toutes...

tristan


Par Tristan
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Jeudi 22 septembre 2005
jeudi 05 mai 2005
La vie au pays du milieu n°43, une journée française



Bonjour, bonjour,


et bien, oui, il aura fallut attendre un peu de temps avant de recevoir le second tome de mon récit chinois. Quasiment un mois. Mes bonnes résolutions en ont pris un sacré coup. La faute, avant tout, à pas mal de boulot la semaine dernière, depuis la visite de notre Premier ministre à, presque, tous. Non que sa visite ait à ce point secoué la Chine mais j’avais décidé de me mettre au boulot à partir de son arrivée. En dehors d’un article sur le Japon - manifs chinoises obligent - j’aurais donc tenu bon face aux assauts tribunesques. Et n’ait donc commencé à écrire qu’un mois après mon arrivée, le 23 avril.

Une entrée en matière assez énergique, avec aussi bien La Tribune, évidemment, que Challenges (et oui, je sais même pas à quoi ce mag ressemble, mais bon, ils m’on fait signe via une copine) et L’Huma. J’avais décidé d’emprunter un pseudo, pour la première fois ou presque, et voulais être discret. Aussi bien vis-à-vis du journal (je voulais que le pseudo passe inaperçu, vous savez sans doute que mon expérience précédente avait été pas franchement concluante) que des autorités chinoises (aiment pas trop ne pas savoir qui bosse pour quoi). Rien de mieux pour cela qu’un article sur le ping-pong chinois. Qui cela intéresse-t-il? Personne, évidemment. Sauf que j’ai reçu un mail lundi matin de l’une d’entre vous (merci Elod) me disant: “as-tu écris un article sur le ping chinois? Si c’est le cas, tu as été cité dans la revue de presse d’Inter.” Gloups. Pas terrible pour passer inaperçu! D’ailleurs, je me demande toujours ce qu’ils ont pu bien dire sur cet article...

Avant cela? Toujours mon vocabulaire chinois appris dans mon coin, ou plutôt ma cour carrée, au soleil, lunette noire sur le nez, portable et verre d’eau négligemment posés à portée de main. Dures dures les conditions d’apprentissage (lorsque j’arrive à retrouver en taxi le chemin du retour). Ces séjours dans ma cour tempérée étaient entrecoupés de rendez-vous, comme depuis le début, avec des patrons d’entreprises françaises et d’économistes.
Voilà, grosso modo, pour le boulot.

Le soir était réservé aux amis, présents et futurs, aux petits dîners dans le vent des terrasses, aux verres avalés affalés dans des bars tardifs, aux heureuses soirées de départs, aux repas improvisés chez les uns les autres. Et notamment mon futur chez moi. Je vais en effet récupéré mi-juin, donc en fait à mon retour de France le 5 juillet, l’appartement occupé par Aurore et Mickael, que nombres d’entre vous connaissent. Un - petit - appart de trois - petites - pièces et fourni d’une - petite - terrasse situé dans le quartier le plus sympa de Pékin. Mais je vous en dirai plus, en photos, lorsque je l’aurai récupéré.

Pour le moment, la dite Aurore y réside encore. Seule? Oui, seule, car son Mickael d’homme a reçu, une semaine avant la visite de Raffarin - décidément, quel homme, quels mouvements autour de sa venue - une appel impromptu de RFI. Et au bout du fil, une question qui l’était encore plus: “On te propose un CDD au service Asie mais pour ça tu dois être là dans trois jours. Et tu as quatre heures pour donner ta réponse.” Choix peu aisé lorsque l’on a un bouquin en route, avec encore des entretiens à réaliser. Mais bon, à force de persuasion, le père Mickael est parti, après avoir obtenu un répit de quatre jours. Six jours plus tard, le jeudi suivant donc, il était à la Maison de la radio pour entamer son contrat. Qui devrait le mener jusqu’à cet automne. On pense ce que l’on veut de ces manières (carrément scandaleuses) mais bon, au final, un contrat longue durée - et oui, vive le journalisme, où un contrat de plus d’un mois est considéré comme n’étant pas de courte durée.

Pas le temps de trop penser au départ de “l’un de mes meilleurs potes pékinois”, comme le disait très justement Aurore, que Raffarin a rappliqué. Pour ma journée française. Pour ce voyage, il sera resté un jour à Pékin, avant d’être obligé par les autorités chinoises de se rendre dans le nord-est - une région désaffectée que les Chinois veulent réhabiliter -, puis à Shanghai. Au menu: des morceaux de papiers signés, des rubans coupés et des coupes avalées. Réducteur? Peut-être, mais pas forcément autant que la ribambelle de journalistes déplacée avec lui. Des journalistes tous issus des services Politique intérieure des médias français, venus là selon leurs dires pour témoigner de son dernier voyage officiel à ce poste. Pas glauque l’ambiance.

Et franchement, comment leur donner tort: le pauvre vieux avait l’air totalement crevé, épuisé, lors de la matinée et de la réception (coups de canons et défilés militaires inclus) organisés pour lui, le chef de l’exécutif français. Surtout qu’il n’a pas été vraiment pas verni... Imaginez-le. Oui, oui, vous le voyez bien, les cheveux épars, le torse légèrement bossu, un sourire fatigué et figé accroché à son visage, l’oeil vitreux après une dizaine d’heures d’avion (faut bien lui venir en aide), la manche tombante et la démarche molle. Il se promène devant le Palais du peuple, le parlement chinois, sur le tapis rouge en compagnie de son homologue chinois, Wen Jiabao. Vous ne voyez pas le Parlement chinois mais imaginez, c’est simple, un bâtiment gigantesque encolonné, aux nombreuses et larges marches surplombé de dizaines d’étendards rouges étincelants - des drapeaux chinois évidemment. Vous n’avez pas non plus la moindre idée de ce à quoi ressemble le Premier ministre chinois: imaginez, ce n’est pas non plus très compliqué, un homme de la taille de Raffarin - je n’ai pas dit petit - des cheveux courts dont la mèche est collée sur le côté, avec, et cela le caractérise, l’un des sourires les plus figés, les plus hypocrites et faux que j’ai jamais aperçu. Il faudrait presque lui décerner une médaille pour sa performance de mime: qu’il parle, écoute ou salue, sa bouche est entrouverte d’une oreille à l’autre, ses lèvres glacées et son regard presque aimable.

Imaginez donc encore, que d’efforts dîtes-moi donc, ces deux hommes, dignes d’un livre de contes, en train de se serrer la louche devant des photographes et des hommes d’affaire, d’écouter une Marseillaise version longue, suivi de l’hymne chinois, d’entamer un circuit digne d’un parcours santé sur un tapis rouge. Alors que tout semblait bien se dérouler, en plein tour, une rafale de vent s’engouffre dans la porte de la Cité interdite, s’enroule autour du mausolée de Mao pour, et oui, tout ça pour ça, renverser le tapis sur lequel Raffarin s’avance avec son acolyte. Les deux hommes ralentissent pour ne pas avoir à s’arrêter, de jeunes officiels en chemise blanche accourent de toutes parts, plaquent le tapis de leurs mains, de leurs pieds, de leurs genoux, afin de permettre aux représentants de ces deux grands peuples d’achever leur tour. Raffarin sourit jaune, comme depuis le début, et doit se dire: “et merde, même le vent est contre moi. Tu parles d’un dernier voyage. Déjà que la dernière fois j’étais venu pendant le SRAS, décidément, je les collectionne...”

Cette journée française se poursuit après les signatures de contrat, par une mémorable bourde diplomatique de Raffarin, qui visiblement maîtrise mal ses sujets diplomatiques, et annonce haut et fort pendant la conférence de presse que la France reconnaît la doctrine d’un pays deux systèmes, concernant Taiwan. Une énorme bourde pour qui connaît un peu le sujet, la France ayant été jusqu’au discours précédent de Chirac, en faveur d’un statu quo entre les deux pays. Heureusement, toute la presse présente est spécialisée, je l’ai déjà dit, la politique intérieure française. Aussi incompétents que leurs ministres sur cette affaire, ils ne s’aperçoivent de rien. Les yeux ahuris des correspondants pékinois des quotidiens français n’y changeront rien: les autorités chinoises se frottent les mains d’un tel aveu, les Français ne se sont pas aperçus de l’affaire.

Raffarin va ensuite inaugurer une exposition sur Louis XIV (et oui!!!!, elle bien bonne celle-là) et faire un discours à la résidence de l’ambassadeur devant une sélection des Français de Pékin - en saluant une fois de plus leur courage lors du triste événement du SRAS, rappelant le sien d’être venu au milieu de la tempête. Ce sera le seul moment où il aura semblé retrouver un peu de peps, de joie. Enfin, vu le niveau du champagne rosé, des fromages et des cochonnailles, tout le monde semblait s’en satisfaire.

Moi je suis ici depuis trop peu de temps pour sauter au plafond. Nul doute que cela sera différent dès cet été. Mais bon, j’avoue que les confit, tête de veau, jarret, tripes et pied de cochon du Rubis me manquent tout de même pas mal... Sans parler du vin: franchement pas bon ici. Impossible de trouver un truc buvable à moins de 20 euros. Malgré les dires de certains. Bref, je bois peu et mange toujours autant. Je me suis d’ailleurs pas mal empiffré de brochettes d’agneaux ouighours, ces fines brochettes saupoudrées d’épices pimentées et déroutantes, franchement délicieuses. Mais je me suis remis sérieusement à la cuisine, comme lors de ces derniers mois parisiens. Autant en Corée, vu le prix des légumes, cuisiner revenait plus cher que d’aller au resto, autant là ce n’est pas le cas. Revenu moyen d’un plat à domicile: entre 7 et 15 yuans pour deux. Soit 0,70 et 1,5 euros. Raisonnable.

Et sinon, pour finir, par le meilleur, la visite la semaine dernière de l’inénarrable Catherine, fliquette en chef (je vais me prendre une rouste quand elle va lire ça!) de l’ambassade de France à Séoul, réputée pour ses inimitables Catherinades, de véridiques histoires vécues à dormir debout, avec deux de ses amis. Des apéros à n’en pas finir, des gueuletons eux aussi très bons (les dites copines avaient même rapporté du champagne, du vin et de la saucisse sèche de France... miam) et des fous rires monumentaux. Bref, que du bonheur, comme d’hab...

A toutes, sans Raffarin, mais peut-être avec Catherine, que j’irais sans doute voir cet été à Séoul.

tristan
Par Tristan
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